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DemonLover
Olivier Assayas

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2002-11-11
UGC Forum - Les luttes de pouvoir de la World Porno Company pour l'exclusivité sur la production pornographique d'un studio d'Anime Japonais. Réalisation très agressive, trop à mon goût même. La caméra au poing pendant 2 heures, ca me fout la gerbe. Je me passe aussi fort bien des effets sonores assourdissant. Surtout quand les acteurs ont des accents à couper au couteau, et parlent dans un souffle. Si j'ai les oreilles qui sifflent, je comprends pas ce qu'ils disent, et ca m'énerve. Quant au scénario, il prouve qu'il ne suffit pas de sortir une histoire incompréhensible pour faire un Lynch. Ca commence comme une histoire d'espionage industriel potentiellement intéressante, mais après ca part en couille. Et ca se termine presque par une morale à la Disney. Beurk, beurk, beurk.
***
2002-11-15
Ce film, c'est un peu le grand frère malade de l'excellent - et très sous-estimé - "New Rose Hotel" de Ferrara. Là ou Ferrara se focalisait sur un climat de paranoïa diffuse, quasiment en huis-clos, Assayas essaie de faire un 'grand film' et de mélanger les genres. "Demonlover" est à la fois anticipation, espionnage, film psychologique, voir même film à l'ambiance parfois un peu 'auteur', et c'est sans doute ce désir de trop aborder qui plombe le film. Le sujet n'est pas franchement facile: le sexe et la violence sur le net, vu de l'angle de ceux qui les produise et commercialise, et la première qualité du film est de coller à ce point de vue, et ne pas impliquer directement un jugement 'moral' ou moralisateur. Sur ce point, on pourrait juste reprocher à Assayas de ne pas aller jusqu'au bout de son film (l'autocensure pixellisée sur les Anime est assez ridicule) et d'effleurer à peine des choses très intéressantes (est-ce qu'une pratique illégale avec un simulacre serait toujours illégale ?). Bon, évidemment, on va reprocher les généralisations scénaristiques, que Hentai et Manga, c'est pas la même chose, qu'acheter un nom de domaine et faire du business avec ça n'a rien à voir. Mais bon, on s'en fout un peu finalement.

Bon, maintenant, où pèche le film ? Déjà dans les changements de tons incessants: on démarre quasiment dans un film d'espionnage, on passe par un film d'auteur, on finit par de (très beaux) plans nocturnes qui font penser à certains passages de Lost Highway. Ce qui est intéressant (mais un peu frustrant pour le spectateur), c'est que finalement, ces personnages qui font le commerce d'horreurs et qui sont foncièrement amoraux ne sont pas des "grands méchants" hollywoodiens. Juste des businessmen(women) pas très étincelants, qui sont préoccupés par leurs luttes de pouvoir, pas par leur conscience. Et ces gens d'affaire qui parlent anglais comme une vache espagnole, flirtent vaguement dans des hôtels anonymes, font assaut de buzzwords, ce n'est pas très glamour. Assayas filme très bien ces réunions creuses et gênées. C'est un film très froid, et qui ne laisse pas une seule possibilité d'empathie avec l'un ou l'autre des personnages, ce qui en fait une autre difficulté d'accès (c'est paradoxal, quand on pense à la très grande réussite qu'était "Fin août début septembre" de ce point de vue).

Une autre faute du film est peut-être d'avoir voulu à la fois montrer les luttes sournoises entre les organisations et les destins très particuliers des personnages ? Impliquer à la fois Diane dans les complots -et- dans l'impliquer directement et à répétition dans l'objet des complots (mauvaise périphrase pour éviter de spoiler), c'est un peu trop gros. C'est dommage. La mise en scène est aussi un peu trop agitée, et c'est dommage quand on voit la maîtrise de certaines scènes. Par exemple un beau dialogue final entre Charles Berling et Connie Nielsen où l'un comme l'autre ne montrent qu'une façade à l'autre, sous les yeux du spectateur qui a un peu plus d'information que chacun des personnages, avant que tous les rôles s'échangent. Joli vertige.

La critique d'Edouard Waintrop de Libération fait un parallèle très juste avec les romans de De Lillo: même cheminement souterrain, même manière glaçante et surprenante de tirer des parallèles entre des signes du monde contemporains, même goût du collage. C'est sans doute ainsi qu'il faut comprendre "DemonLover".

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