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Etonnament beau. Ce film est le complément et le contraire de "Bowling for Columbine". BfC analyse, froidement, le phénomène que Elephant essaie de nous faire partager de l'intérieur. L'un intelectualise, l'autre se plonge dans le magma émotionel des teenagers. Superbe.
Étonnament beau, oui mais surtout étonnament sadique. J'en ai encore la nausée. Je m'interroge sur ce qui peut pousser à réaliser un film pareil. J'ai trouvé les dix minutes où Michael Moore passait les véritables images du drame beaucoup plus pédagogiques. Imposer une violence froide, pressentie c'est simple, trop simple.
En quelques mots: Gus Van Sant dynamite les explications pseudo-rationelles et simplistes sur une tragédie style Colombine, et il le fait de l'intérieur.
La narration est éclatée: on revient sur les mêmes lieux, on suit (au sens propre) un personnage, on passe à un autre, on y revient. Rien ne nous indique -a priori- les relations entre eux, ou même les relations entre les plans ? Est-ce un autre jour ? une action simultanée ? ce n'est que progressivement que le puzzle se met en place et qu'on comprend que l'on assiste au prise d'une journée fatale, décomposée, recomposée.
Surcharge de causes, fautes, chacune est abordée d'une image ou d'une scène, et souvent aussitôt invalidée: l'alcoolisme d'un père, brimades, le manque de parents, les armes sur Internet, Hitler, les jeux vidéos, les gays, le désordre amoureux, etc. Accumulation qui rend rapidement impossible de suivre une explication unique. Alors évidemment, c'est moins facile et jubilatoire qu'une démonstration gonflée style Bowling for Colombine, mais Gus Van Sant arrive à tenir pendant tout le film en évitant voyeurisme et détachement clinique.
Sur la forme, Elephant fait souvent penser à Shining: des personnages isolés dans le monde clos d'une High School, dans une succession labyrinthique de couloirs et suivis par la caméra. Gus Van Sant joue beaucoup des flous et de la profondeur de champ: il prend le temps de suivre chaque personnage, avec une très faible profondeur de champ, gardant l'image sur le visage de ses ados et les faisant se détacher d'un monde flou et indistinct autour d'eux.
Le travail sur le son est très très fin: les quelques dialogues sont très découpés dans l'espace, isolées, et des musiques très ténues, très bruitistes sont toujours à la lisière. Le son reprend le choix d'une image où les personnages sont isolés, pris dans un bruit de fond. Bruit de fond de l'adolescence et de ses douleurs et où quelque chose se passe terriblement mal, brusquement.
dvd -
- J'ai vu le film assez tard dans la nuit, donc pas de reflexion poussée possible. Il m'a semblé que le Gus Van Sant voulait décrire une journée complètement quelconque, parmi tant d'autres, dans la normalité du lycée. Les étudiants, les profs, les cours, les problèmes de chacun, les activités diverses : photographie, sport, tir à balles réelles sur cibles vivantes, shopping, drague.
Le but étant d'essayer de faire comprendre que les tueurs sont partis descendre leurs petits camarades comme ils auraient été faire une partie de bowling...
Le coté visuel et technique, est très impressionant. Le film est très lumineux, les plans sont reglés au millimètre près et regorgent d'effet de caméra que j'ai adoré. Ce qui en fait un film très beau.
Et c'est bien le problème : le film est trop beau pour être vrai, les mouvements sont tous fluides, parfaits, les étudiants sont glorifiés (oui, on a même pitié des 3 cloches anorexiques). La lumière et le flou récurrent polissent trop les choses, et le film prend du recul, finalement.
Bref, ça manquais de réalisme pour que me fasse bluffer, mais ce fut un bon moment tout de même.
Je m'interroge sur ce qui peut pousser à réaliser un film pareil. J'ai trouvé les dix minutes où Michael Moore passait les véritables images du drame beaucoup plus pédagogiques.
Imposer une violence froide, pressentie c'est simple, trop simple.
La narration est éclatée: on revient sur les mêmes lieux, on suit (au sens propre) un personnage, on passe à un autre, on y revient. Rien ne nous indique -a priori- les relations entre eux, ou même les relations entre les plans ? Est-ce un autre jour ? une action simultanée ? ce n'est que progressivement que le puzzle se met en place et qu'on comprend que l'on assiste au prise d'une journée fatale, décomposée, recomposée.
Surcharge de causes, fautes, chacune est abordée d'une image ou d'une scène, et souvent aussitôt invalidée: l'alcoolisme d'un père, brimades, le manque de parents, les armes sur Internet, Hitler, les jeux vidéos, les gays, le désordre amoureux, etc. Accumulation qui rend rapidement impossible de suivre une explication unique. Alors évidemment, c'est moins facile et jubilatoire qu'une démonstration gonflée style Bowling for Colombine, mais Gus Van Sant arrive à tenir pendant tout le film en évitant voyeurisme et détachement clinique.
Sur la forme, Elephant fait souvent penser à Shining: des personnages isolés dans le monde clos d'une High School, dans une succession labyrinthique de couloirs et suivis par la caméra. Gus Van Sant joue beaucoup des flous et de la profondeur de champ: il prend le temps de suivre chaque personnage, avec une très faible profondeur de champ, gardant l'image sur le visage de ses ados et les faisant se détacher d'un monde flou et indistinct autour d'eux.
Le travail sur le son est très très fin: les quelques dialogues sont très découpés dans l'espace, isolées, et des musiques très ténues, très bruitistes sont toujours à la lisière. Le son reprend le choix d'une image où les personnages sont isolés, pris dans un bruit de fond. Bruit de fond de l'adolescence et de ses douleurs et où quelque chose se passe terriblement mal, brusquement.