Le dernier Michael Moore sur le 11 septembre, l'Irak et surtout Bush. Comme pour Bowling for Columbine, le resultat ressemble plus a un film de propagande qu'a un documentaire et comme toujours Michael sait taper ou ca fait tres mal. Bush passe vraiment pour le dernier des cretins.
Le seul bemol que j'apporterai sera ethique. A t-on le droit d'utiliser ce genre d'artifices alors que Moore reproche a Bush de manipuler l'opinion? La rigueur et surtout le recul ne devraient-ils pas prevaloir? Dans un monde parfait, je repondrais oui. Mais quand il s'agit de convaincre des americains peu au courant de ce qu'ils se passent en dehors de leur pays (ou de leur etat), n'est ce pas la seule methode envisageable ? La question reste ouverte.
La sortie presque simultanée de Fahrenheit et du "Monde selon Bush" de William Karel est intéressante dans les nuances qu'on y trouve. Le Karel est un portrait à charge cinglant et froid de la clique néo-conservatrice qui entoure Bush, et le film de Moore partage bon nombre de ses thèses. Fahrenheit va beaucoup plus loin: il ne s'agit pas de faire un 'simple' documentaire, mais surtout un film capable de provoquer le débat aux états-unis. Je pense que tous les défauts formels de Fahrenheit doivent être vus sous cet éclairage: stéréotypes de la 'mother of all coalitions', hors contextes, ... L'objectif numéro un est manifestement d'assurer une audience aux USA -et- de réussir à passer bon nombre d'informations ou même d'images soigneusement évitées par les médias traditionnels.
Le film en lui-même fonctionne bien, j'ai trouvé la forme presque moins foutoir que ses précédents, hormis peut-être la conclusion du film. Roger and Me, Bowling, étaient construits comme un progression vers une confrontation finale avec sa némésis. Le débat Bush / Moore n'arrive ici évidemment jamais, et la fin fonctionne un peu plus à vide. D'une certaine manière, la conclusion de Fahrenheit ne sera écrite qu'en novembre prochain.
J'en reviens aussi à mon commentaire sur 'Bowling'. Michael Moore est un des rares cinéastes aujourd'hui à faire des films authentiquement politiques, dans la lignée de (ne pas taper, comparaison audacieuse) Costa-Gavras ou Chris Marker.
Tout comme pour "Bowling", Michael Moore comme l'analyse d'un problème plutôt cerné (la peur et les armes aux USA, les zones d'ombres et mensonges de la famille et de l'administration Bush), mais ne s'arrête pas à la mise en lumière des dysfonctionnement, et continue vers ce qui est quasiment un discours de lutte des classes, en montrant que les populations défavorisées sont les premières victimes d'un système qui tire tous les profits de la situation. Une autre raison de l'intérêt de Moore aujourd'hui.
UGC Forum -
Mmmm... Difficile de juger un objet pareil objectivement. De la même façon qu'un éditorial politique n'est pas forcément un objet littéraire, Fahrenheit 9/11 prend une place étrange dans le cinéma contemporain.
Où juger le talent du réalisateur ? Les images sont essentiellement des images d'archive. Celles tournées ad-hoc ont une forme brute, caméra vidéo à l'épaule. Reste le montage, assez brutal, sans compromis sur le "détournement" de contexte lorsqu'il s'agit de promouvoir le message. Reste aussi la voix off, incisive, moins ironique il me semble que dans Bowling, devant la gravité du contenu.
Le contenu lui même... On n'apprend pas énormément de choses dans ce film. Moins que dans "le monde de Bush". Mais le but n'est pas le même. Michael Moore connait sa cible, et veut convaincre. A tout prix. A n'importe quel prix.
C'est assez étrange comme sentiment. J'ai l'impression d'avoir vu le film en me demandant bien souvent comment le public américain pouvait réagir à telle ou telle séquence. Un peu comme si j'étais finalement le témoin et l'observateur impuissant de la tentative de Moore pour renvoyer Bush à son Texas. Un certain détachement du film lui même, accompagné d'une conscience de l'enjeu : il ne me parle pas, à moi, il parle à d'autre gens qui vont impacter sur moi, et il n'y a rien que je puisse faire. Comme quand on regarde un collègue faire une présentation commerciale à un prospect et qu'on se dit, mmmmm, j'aurais pas fait, ou dit ça comme ça.
Bon et la palme alors ? Un acte politique. Pour contrer la censure, et empêcher Bush d'être réélu. Un acte politique pas assumé, puisque Tarantino s'en défend. Pas assumé, à tort ou à raison, par qui, pourquoi ? Par le jury, car admettre que le film n'était pas "palmable" pour son contenu cinématographique aurait rendu le geste inutile ? Par le festival, pour préserver son image ? Je sais pas. Est ce que le jury a eu raison ? Oui, je le pense. Le cinéma est bien moins important que ce qui se passe au moyen orient.
Le dernier Michael Moore sur le 11 septembre, l'Irak et surtout Bush. Comme pour Bowling for Columbine, le resultat ressemble plus a un film de propagande qu'a un documentaire et comme toujours Michael sait taper ou ca fait tres mal. Bush passe vraiment pour le dernier des cretins.
Le seul bemol que j'apporterai sera ethique. A t-on le droit d'utiliser ce genre d'artifices alors que Moore reproche a Bush de manipuler l'opinion? La rigueur et surtout le recul ne devraient-ils pas prevaloir? Dans un monde parfait, je repondrais oui. Mais quand il s'agit de convaincre des americains peu au courant de ce qu'ils se passent en dehors de leur pays (ou de leur etat), n'est ce pas la seule methode envisageable ? La question reste ouverte.
Le film en lui-même fonctionne bien, j'ai trouvé la forme presque moins foutoir que ses précédents, hormis peut-être la conclusion du film. Roger and Me, Bowling, étaient construits comme un progression vers une confrontation finale avec sa némésis. Le débat Bush / Moore n'arrive ici évidemment jamais, et la fin fonctionne un peu plus à vide. D'une certaine manière, la conclusion de Fahrenheit ne sera écrite qu'en novembre prochain.
J'en reviens aussi à mon commentaire sur 'Bowling'. Michael Moore est un des rares cinéastes aujourd'hui à faire des films authentiquement politiques, dans la lignée de (ne pas taper, comparaison audacieuse) Costa-Gavras ou Chris Marker.
Tout comme pour "Bowling", Michael Moore comme l'analyse d'un problème plutôt cerné (la peur et les armes aux USA, les zones d'ombres et mensonges de la famille et de l'administration Bush), mais ne s'arrête pas à la mise en lumière des dysfonctionnement, et continue vers ce qui est quasiment un discours de lutte des classes, en montrant que les populations défavorisées sont les premières victimes d'un système qui tire tous les profits de la situation. Une autre raison de l'intérêt de Moore aujourd'hui.
Où juger le talent du réalisateur ? Les images sont essentiellement des images d'archive. Celles tournées ad-hoc ont une forme brute, caméra vidéo à l'épaule. Reste le montage, assez brutal, sans compromis sur le "détournement" de contexte lorsqu'il s'agit de promouvoir le message. Reste aussi la voix off, incisive, moins ironique il me semble que dans Bowling, devant la gravité du contenu.
Le contenu lui même... On n'apprend pas énormément de choses dans ce film. Moins que dans "le monde de Bush". Mais le but n'est pas le même. Michael Moore connait sa cible, et veut convaincre. A tout prix. A n'importe quel prix.
C'est assez étrange comme sentiment. J'ai l'impression d'avoir vu le film en me demandant bien souvent comment le public américain pouvait réagir à telle ou telle séquence. Un peu comme si j'étais finalement le témoin et l'observateur impuissant de la tentative de Moore pour renvoyer Bush à son Texas. Un certain détachement du film lui même, accompagné d'une conscience de l'enjeu : il ne me parle pas, à moi, il parle à d'autre gens qui vont impacter sur moi, et il n'y a rien que je puisse faire. Comme quand on regarde un collègue faire une présentation commerciale à un prospect et qu'on se dit, mmmmm, j'aurais pas fait, ou dit ça comme ça.
Bon et la palme alors ? Un acte politique. Pour contrer la censure, et empêcher Bush d'être réélu. Un acte politique pas assumé, puisque Tarantino s'en défend. Pas assumé, à tort ou à raison, par qui, pourquoi ? Par le jury, car admettre que le film n'était pas "palmable" pour son contenu cinématographique aurait rendu le geste inutile ? Par le festival, pour préserver son image ? Je sais pas. Est ce que le jury a eu raison ? Oui, je le pense. Le cinéma est bien moins important que ce qui se passe au moyen orient.