Comme chacun semble avoir sa vision du film, voici la mienne: le diable joue un jeu pervers avec Fred en prenant au mot certaines de ses pensées secrètes, lui fait vivre un passé possible, un miroir de ses obsessions, et le condamne à revivre sans fin le pire: un Sysyphe du 20ème siècle... Mise en scène extraordinaire, avec un climat oppressant en continu, en particulier via un travail splendide sur la bande son: grondements souterrains, B.O. glaciale (mais de très haute volée, à rapprocher de Natural Born Killers ou Until the end of the world pour l'ecléctisme et la maîtrise des ambiances). Interprétation parfaite (ah, Bill Pullman au visage décomposé par la fatigue et l'angoisse). Reste néanmoins une impression durable d'être une souris dans les griffes de Lynch: aucune échappatoire, aucune compassion dans ce film...
Ce film est une véritable synthèse de l'oeuvre de Lynch. On y retrouve son art de filmer des intérieurs irréels et opressants (Eraserhead, Twin Peaks), son portrait d'une amérique proprette en surface cachant, tant bien que mal, les vices les plus tordus (Blue Velvet, Twin Peaks). Mais le film va (heureusement) bien au-delá des thèmes récurrents du réalisateur. Lost Highway frappe avant tout par sa structure même. Ici, Lynch filme la déraison, mais il la filme de l'intérieur. Lost Highway raconte deux réalités qui s'affrontent et se contredisent. Mais ici, pas question de laisser au spectateur des repères qui lui permettraient de "rationaliser" l'histoire. Là ou The Wall d'Alan Parker laissait parfaitement distinguer une frontière entre réel et imaginaire, Lynch brouille délibérément les pistes. Ici les deux "réalités" paraissent toutes deux factices (un rêve jazzy d'un côté, l'amérique de James Dean de l'autre, une femme splendide dans les deux) comme si chacune avait sa part de réel. Enfin, au final, même le temps ne peut servir de repère, l'histoire se referme comme une bande de Möbius, laissant le spectateur avec la même question que le personnage principal : "Quand suis-je passé de l'autre côté de la bande ?"
Mise en scène extraordinaire, avec un climat oppressant en continu, en particulier via un travail splendide sur la bande son: grondements souterrains, B.O. glaciale (mais de très haute volée, à rapprocher de Natural Born Killers ou Until the end of the world pour l'ecléctisme et la maîtrise des ambiances). Interprétation parfaite (ah, Bill Pullman au visage décomposé par la fatigue et l'angoisse). Reste néanmoins une impression durable d'être une souris dans les griffes de Lynch: aucune échappatoire, aucune compassion dans ce film...
On y retrouve son art de filmer des intérieurs irréels et opressants (Eraserhead, Twin Peaks), son portrait d'une amérique proprette en surface cachant, tant bien que mal, les vices les plus tordus (Blue Velvet, Twin Peaks). Mais le film va (heureusement) bien au-delá des thèmes récurrents du réalisateur. Lost Highway frappe avant tout par sa structure même.
Ici, Lynch filme la déraison, mais il la filme de l'intérieur. Lost Highway raconte deux réalités qui s'affrontent et se contredisent. Mais ici, pas question de laisser au spectateur des repères qui lui permettraient de "rationaliser" l'histoire. Là ou The Wall d'Alan Parker laissait parfaitement distinguer une frontière entre réel et imaginaire, Lynch brouille délibérément les pistes. Ici les deux "réalités" paraissent toutes deux factices (un rêve jazzy d'un côté, l'amérique de James Dean de l'autre, une femme splendide dans les deux) comme si chacune avait sa part de réel.
Enfin, au final, même le temps ne peut servir de repère, l'histoire se referme comme une bande de Möbius, laissant le spectateur avec la même question que le personnage principal : "Quand suis-je passé de l'autre côté de la bande ?"
A voir, revoir, revoir, revoir, etc.