Hollywood (Genève) -
Après Constant Gardener et Lord of War, on remet le couvert: au menu, le business du pétrole. La cible ? CIA, grosses compagnies, gouvernement américain. C'est tortueux, assez froid mais très juste. Encore un putain de film à ajouter au CV de Matt Damon :) (pour George Clooney, on n'en est plus à compter).
UGC Forum -
Pas déçu, parce que je m'attendais exactement à ça. Un traffic, sans la caméra, le montage et la direction de Soderbergh. Donc un film au scénario décousu, vaguement moralisateur, vaguement critique, vaguement gauchisant, pas dérangeant, quoi.
Clooney se sort bien de ce rôle ou "on peut pas tout jouer sur le physique" (surtout toi). Damon plus à sa place en jeune cadre dynamique et gentil papa...
Mouef.
MK2 Quai de Loire -
Ce n'est pas un film sur la perte de l'innocence au moyen-orient, et principalement parce manifestement, il n'y a jamais eu de temps de l'innocence.
La scène-cle du film, c'est ce moment où un agent de la CIA, usé par trop de terrain, se retrouve confronté avec des éminents membres de l'administration américaine qui s'attendent à entendre une confirmation de leur théories simplistes. Et où il ne peut que lâcher, renonçant à la fois à entrer dans le jeu et à s'opposer, un désabusé "C'est compliqué".
Alors oui, c'est compliqué. C'est pas simple de mêler dans une intrigue une lutte de succession dans un émirat, des magouilles financières et légales de supernationales du pétrole, les services de renseignements manipulant et se faisant manipuler, sur le terrain ou dans les bureaux, et les éminences grises, les guerres d'influences, la guerre sale des coups tordus, les intégristes et les endoctrinements.
"Syriana" joue très habilement avec cette complexité, refusant de prémâcher les intrigues et de guider le spectateur par la trame habituelle d'une fiction. "Syriana" c'est une tranche de réel, de magouille géopolitique, déformée, tordue, fictionisée, une de ces inventions qui en révèlent plus sur le monde que la bête réalité. Alors oui, il faut s'accrocher, ou plutôt accepter de ne pas tout saisir d'emblée, de ne voir passer que des pièces éparses de puzzle qu'on arrivera - ou non - à réunir au fil du film. "Syriana", c'est ces bribes de mise en scène, d'information, un dialogue, qui peu à peu composent un tableau terrible des guerres du pétrole, du moyen-orient.
La scène précitée sur les conceptions caricaturales de l'administration sur l'Iran en dit beaucoup sur d'autres conceptions primaires de certains faucons. Un "comité de libération" washingtonien et mondain rappelle les manoeuvres d'un Chalabi autour de l'Irak. On y voit aussi que la situation de certains musulmans au coeur des pays du Golfe n'a rien de reluisant, et que la barrière de la langue y est aussi haute qu'ailleurs. Mais "Syriana" ne se cantonne pas à l'explication, au démontage de rouages, c'est un film, un vrai film, qui regorge de plans sec, magnifiques d'autoroutes traversant le désert, de palaces uniformisés, de piscines vides à la gloire passée qui ont comme le parfum des mondes d'Enki Bilal.
Georges Clooney est impressionnant, changé, marqué, empaté, et Matt Damon, comme la plupart des personnages secondaires sont totalement investis. Pour moi, "Syriana" est un un cran très nettement au dessus de "Traffic", moins en effet de style, plus en ampleur. Et m..., ils sont forts ses américains, y aller au culot, de front, se coltiner des sujets politiques, chauds, sans compromis. Chapeau.
Clooney se sort bien de ce rôle ou "on peut pas tout jouer sur le physique" (surtout toi). Damon plus à sa place en jeune cadre dynamique et gentil papa...
Mouef.
La scène-cle du film, c'est ce moment où un agent de la CIA, usé par trop de terrain, se retrouve confronté avec des éminents membres de l'administration américaine qui s'attendent à entendre une confirmation de leur théories simplistes. Et où il ne peut que lâcher, renonçant à la fois à entrer dans le jeu et à s'opposer, un désabusé "C'est compliqué".
Alors oui, c'est compliqué. C'est pas simple de mêler dans une intrigue une lutte de succession dans un émirat, des magouilles financières et légales de supernationales du pétrole, les services de renseignements manipulant et se faisant manipuler, sur le terrain ou dans les bureaux, et les éminences grises, les guerres d'influences, la guerre sale des coups tordus, les intégristes et les endoctrinements.
"Syriana" joue très habilement avec cette complexité, refusant de prémâcher les intrigues et de guider le spectateur par la trame habituelle d'une fiction. "Syriana" c'est une tranche de réel, de magouille géopolitique, déformée, tordue, fictionisée, une de ces inventions qui en révèlent plus sur le monde que la bête réalité. Alors oui, il faut s'accrocher, ou plutôt accepter de ne pas tout saisir d'emblée, de ne voir passer que des pièces éparses de puzzle qu'on arrivera - ou non - à réunir au fil du film. "Syriana", c'est ces bribes de mise en scène, d'information, un dialogue, qui peu à peu composent un tableau terrible des guerres du pétrole, du moyen-orient.
La scène précitée sur les conceptions caricaturales de l'administration sur l'Iran en dit beaucoup sur d'autres conceptions primaires de certains faucons. Un "comité de libération" washingtonien et mondain rappelle les manoeuvres d'un Chalabi autour de l'Irak. On y voit aussi que la situation de certains musulmans au coeur des pays du Golfe n'a rien de reluisant, et que la barrière de la langue y est aussi haute qu'ailleurs. Mais "Syriana" ne se cantonne pas à l'explication, au démontage de rouages, c'est un film, un vrai film, qui regorge de plans sec, magnifiques d'autoroutes traversant le désert, de palaces uniformisés, de piscines vides à la gloire passée qui ont comme le parfum des mondes d'Enki Bilal.
Georges Clooney est impressionnant, changé, marqué, empaté, et Matt Damon, comme la plupart des personnages secondaires sont totalement investis. Pour moi, "Syriana" est un un cran très nettement au dessus de "Traffic", moins en effet de style, plus en ampleur. Et m..., ils sont forts ses américains, y aller au culot, de front, se coltiner des sujets politiques, chauds, sans compromis. Chapeau.