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Dans la peau de Jacques Chirac
Micher Royer, Karl Zéro

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2006-06-24
Studio 28 - On ne sait pas trop sur quel pied danser. Le problème du film, c'est qu'il n'est pas assez drôle pour être un vrai film comique, une vraie caricature, ni assez engagé pour être un film politique, ni assez rigoureux pour être un portrait. On se retrouve donc avec cet OVNI, montage d'images d'archives de Jacques Chirac avec en voix-off une imitation de Jacques Chirac promettant de dire toute la vérité et révéler tous ses trucs. Bref, pas franchement le même esprit que le "1974, partie de campagne" de Depardon (qui suivait Giscard).

"Dans la peau de Jacques Chirac" est assez bien vu pour pas mal d'aspects: l'ancrage local - parce qu'il faut une base arrière et les parcours en long, large et travers de la Corrèze par l'éternel candidat sont savoureux. Et même plus largement, voir l'éternel candidat en pilotage automatique, serrant les mains sans cesse, répétant robotiquement la même petite phrase à faire mouche, les petits dessous des rencontres avec le peuple, la presse, les dignitaires. Les mises en scène grandiloquentes et ridicules (ne manquez pas le film d'horreur de l'hotel de ville, ou les chansons de campagne du RPR, de 1977 ou de 1981).

Pour les cotés frustrants: on reste sur sa faim pour le Chirac grand prédateur, redoutable tueur politique. Le tableau de chasse est bien brossé, de Chaban à Balladur, de Séguin aux rénovateurs. Quelques scènes sont absolument terribles, comme Giscard évitant de serrer la main de Chirac ou un long travelling sur les jeunes loups aux dents longues du RPR, tous flingués politiquement ou judiciairement. Le Chirac qui trouve plus fin politique que lui avec Mitterrand (et qui resservira certains trucs dûment appris à Jospin).

Et finalement, c'est le plus attendu qui intéresse presque le moins: les revirements incessants, la capacité à défendre sans sourciller tout et son contraire, les affaires, les pschit abracadabrantesques. Parce qu'on a le sentiment de tout savoir. Et parce qu'on se retrouve presque un peu gêné à se retrouver à considerer ça comme banal, et que le film fait de même.

Deux derniers détails frappants. Une phrase terrible du pseudo-Chirac en voix off, qui remarque en passant qu'il a toujours été très fort pour conquérir le pouvoir, sans jamais vraiment savoir qu'en faire ensuite. Et aussi une impression floue et tenace de reconnaître dans le Chirac de la marche au pouvoir un Nicolas Sarkozy bien actuel: mêmes jeux avec les thèmes 'qui marchent', même énergie politique totale, même pragmatisme - pour ne pas dire opportunisme - constant.

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