MindFood
Ol Kinonotes
  • Personne à blâmer pour MindFood.

    Tous ces films ont été vu en grande majorité aux excellllllllents cinémas Diagonal à Montpellier, ou bien au Studio 28 ou au cinéma du moulin de la Galette, à Montmartre.

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2008-06-29
UGC Ciné Cité - "Plus ça change, plus c'est la même chose" (devise Shadok). C'est qu'il faudrait avant tout féliciter Spielberg et Lucas d'avoir réussi ce qui n'était pas gagné au départ: garder la saveur et l'esprit d'Indy.

Et c'est quoi l'esprit d'Indiana Jones ? C'est avant tout ce bon vieux fantasme de Lucas et Spielberg sur les "matinees", ces petits films de série B projetés en journée ou le matin. Les feuilletons sur grand écran. Les aventures de Roger l'explorateur dans les mines transylvaniennes du Roi Salomon. L'aventure de la mite géante. Etc. Et le duo ne s'est jamais caché de vouloir retrouver cette esprit là, en l'adaptant au cinéma des années 80 pour Indy (et même pour Starwars, Lucas a toujours défendu de vouloir faire du space-opera à cette sauce là).

Alors bon, Indy a toujours été nourri à ce lait là: du vrai héros reconnaissable à 100 mètres, des effets spéciaux comme à la maison, le scénario qui ne cherche pas à construire des cathédrales, et surtout des méchants, de la jungle, des courses-poursuite et de l'humour.

Et à cette aune, Indy 4 est une réussite, et dépasse même les 3 premiers opus: merci à Spielberg et Lucas de n'avoir pas essayé de revamper la série dans du soigné-packagé-digital-bien tourné. Des vrais méchants (Cate Blanchett, qui prouve encore que Lucas n'a aucun goût en matière de coiffure). Le contexte est même plus riche que d'habitude (les nazis étaient là pour le décor ou le gag dans I-II-III) avec la paranoïa des 50" finalement pas si mal rendue, les grandes peurs de l'époque, et un petit goût de complot et d'histoire parallèle un peu plus riche qu'avant. Et puis ce n'est pas désagréable de voir des héroïnes qui ne sont plus justement dans le type même des premiers Indy, les héros ont vieillis, les héroïnes aussi, et c'est très bien. Et on retouve encore l'artisanal, les effets spéciaux qui se voient comme à l'ancienne, les courses en bagnole - incroyables, au sens propre -. Le scénario ? on s'en fout autant qu'avant, du moment qu'on voit de la jungle, des fouets, des artefacts maléfiques et des trajets d'avion qui se dessinent sur une carte.

Ça serait pour le coup assez paradoxal de reprocher tout cela à Indy IV, c'est exactement ce qu'on aimait dans les trois premiers opus, et pour le coup, Spielberg et Lucas ont été beaux joueurs en se contenant et respectant l'esprit et la lettre, et envoyant balader les ronchons du "c'était mieux avant" qui ne se rendent pas compte que justement, c'est tout aussi mauvais qu'avant et que c'était justement ce qu'on adore.

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2006-10-15
Studio 28 - Comment Nick Naylor, lobbyiste des fabricants de cigarettes, gagne sa vie, magouille pour obtenir du placement de produit à Hollywood, bouffe avec ses copains lobbyistes (alcool et armes, rien de moins), use d'une rhétorique à la finesse toute nord-coréenne, élève son fils, donne des interviews et plus si affinités, se bataille avec un sénateur, etc.

Le tout donne un film assez léger et agréable, qui réussit quand même l'exploit de ne rendre personne (à commencer par le personnage principal) foncièrement antipathique, ce qui n'est pas son moindre mérite. Pour le reste, c'est pétillant et ça passe vite: la mise en scène n'est pas révolutionnaire (voix off, petits arrêts sur images, etc - on se croirait dans les poupées russes), les seconds rôles sont plus grands que nature (mention spéciale au Grand Agent hollywoodien), c'est divertissant, et on en demande ni n'attend beaucoup plus.

Et un bon point au générique de début (j'adooore les bons génériques), au graphisme de paquets de cigarettes années 50, nerveux, élégant et très réussi.

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2006-09-30
MK2 Quai de Seine - Deux audaces en un seul film. Primo, tenter de faire la mythique bonne adaptation de Philip K. Dick - ce qui est déjà un défi intéressant. Secundo: le faire en innovant sur la forme.

Donc, "a scanner darkly" (joli titre, soit dit en passant), c'est la plongée dans le monde glauque, psychotique et paranoïaque d'un agent des stups infiltré dans un groupe de petits dealers, dans une amérique encore plus glaque, psychotique et paranoïaque que la réalité. Et, comme souvent chez Dick, le double jeu ne suffit pas, et le personnage se retrouve au croisement de trois personalités, plusieurs épaisses couches de mensonges, quelques manipulations, et complètement paumé - au moins autant que le lecteur, euh, spectateur. Donc, sur ce point, "a scanner darkly" est une réussite: l'ambiance des écrits de Dick est fidèlement retranscrite: drogue, folie, persécution... toutes les qualités, mais aussi les défaults, les passages à vide, le manque de rythme.

Et l'autre bonne tentative réussie c'est d'avoir trouvé une forme originale pour raconter le tout: un film classique avec force effets spéciaux serait probablement tombé bien à plat (cf. Total Recall). Le rotoscoping des prises de vues fonctionne bien, très bien, et ce monde où les objets eux mêmes sont parfois un peu changeants, mobiles, hésitant, stylisé est parfaitement raccord avec la trame. On pourrait juste regretter qu'à part quelques séquences (quasiment toutes autour du personnage de junkie Charles Freck), Linklater ne pousse pas les possibilités du medium encore plus loin dans le mélange entre réalité et hallucinations. Le générique de début, mi-dégoûtant, mi-comique est une grande réussite, mais reste trop isolé.

Qu'est-ce qui empêche "A Sacnner Darkly" de monter au niveau de l'Adapatation indépassée de Dick, Blade Runner ? Peut-être un film trop fidèle à l'oeuvre originale et à son esprit ? Moins universel ? peut-être qu'un film plus rythmé, plus vaste aurait été possible ? peut-être la plongée dans la confusion du malheureux protagoniste est-elle, justement, un peu trop confuse ? peut-être que le film aurait mérité 'un peu plus de cinéma, de mise en scène ?

Bref, une belle réussite, mais frustrante, on n'échappe pas au regret de n'avoir pas vu LE film qui aurait réussi à passer totalement l'univers de Dick sur grand écran.

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2006-08-15
Cinéma en plein air - La Villette - "La mouche", c'est un très bon exemple de ce que Cronenberg est capable de faire en se glissant dans les oripeaux du film de genre: un film, comme il le dit lui-même, totalement dépressif sur un amour brisé par la maladie et la mort.

Le film, comme souvent chez Cronenberg, est sec comme un coup de trique, l'ouverture ne s'embarrasse pas longues scènes d'expositions, le final est un crescendo coupé brusque et même les scènes "de genre" n'en respectent guère les codes: au lieu de longues scènes en faux départs pour faire monter l'angoisse, Cronenberg filme une juxtaposition de petits pics horrifiants en forme de coups de poing.

Un peu comme plus tard eXistenZ, la Mouche n'est pas dépourvu d'un humour un peu décalé, souvent lié à l'énorme de certaines situations, on n'est pas loin du "rire panique" cher à Topor. Même si quelques minutes plus tard, on n'a plus envie de rire du tout: avec des séquences comme la scène onirique, Cronenberg réussit à toucher du doigt des angoisses diablement profondes.

Autre trait caractéristique: le "statut" du monstre qui bouge en permanence dans le film: humain ? surhumain ? monstre ? victime ? bourreau ? enviable ? méprisable ? la métamorphose - physique et psychologique (cf. le monologue sur 'la politique des insectes') de Seth Brundle est un glissement vers "autre chose" répugnant peut-être, mais qu'aucun des personnages ne refuse en bloc. J'ai été frappé de voir le thème de la chair revenir aussi souvent et clairement dans les dialogues.

Le final est fascinant car totalement dans la logique de fuite en avant du film, loin de revenir vers une situation connue, la Mouche finit dans une fusion encore plus totale, les cartes sont battues une dernière fois, et de façon radicale.

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2006-07-25
MK2 Quai de Loire - J'avais un a-priori négatif sur Michael Winterbottom, sans avoir vu un seul de ses films. Je ne sais pas trop pourquoi: cinéaste engagé et oubliant le film ? effet de quelques mauvaises critiques sur ses sorties récentes ?

Bref, Tournage dans un jardin anglais est une heureuse surprise. Film dans le film, récit de tournage d'une adaptation inadaptable, foutoir total pas loin du non-sense anglais, coups de griffe hilarants au tout à l'ego du monde du cinéma, enrobé dans un contexte de film historique, où l'on parle de la difficulté de naître, de l'effet circoncisant des guerres et des éléments d'architecture, de l'expérimentation de forceps sur divers accessoires et de vodka tonic. Et de l'érotisme du cinéma allemand.

Bref, c'est l'éclate, et les acteurs sont pas les derniers à se régaler. En particulier les chamailleries pince sans rires des deux co-vedettes, Steve Coogan et Rob Brydon.

Le plus beau ? Pendant tout le film, j'ai admiré l'idée de faire un film sur un film adaptant un livre imaginaire. Et que le tout est tellement loufoque, bien fichu et prenant que je me disais que l'idée dudit roman "post-moderne du XVIIIème" fictif était superbement trouvé, que les quelques scènes qu'on en voyait étaient tellement jubilatoires qu'on marchait à fond. Et ce n'est qu'à la fin du film, pendant le (très drôle) générique que j'ai percuté que "l'inadaptable roman" -dont je n'avais, honte à moi, jamais entendu parler- existait bel et bien. Chapeau.

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2006-07-19
Studio 28 - C'est intéressant parfois de faire un petit voyage dans le passé. "Qu'elle était verte ma vallée", immense succès public en 1941, basé sur un roman lui-même très populaire, dresse le portrait d'une famille de mineurs, dans une petite vallée du pays de Galles. Mariages, accidents, amours impossibles, grêves, et même un bon petit morceau de lutte des classes, shocking.

Il y a plusieurs choses curieuses dans ce film, en le voyant avec le regard d'un spectateur de 2006. Déjà une certaine fraîcheur dans les rapports humains (en particulier le père et la mère) qui rend difficile la caricature (il serait aisé de classer le père en chef de famille rigoriste et borné ... mais non).

Ce qui est aussi assez étonnant, c'est le contraste entre un ton qui est finalement très, très sirupeux, et un fond souvent assez brut, socialement parlant: mise en cause de l'hypocrisie religieuse, les appels à la grève, les injustices sociales. La mise en scène et la photo est d'ailleurs souvent très soignée, et assez moderne. La voix-off est probablement ce qui a le plus vieilli, avec son texte assez pompeux et le ton de la voix un peu chantant, on se croirait parfois dans une des Silly Symphonies de Disney de l'époque.

Bref, un mélange assez étonnant: ni tout à fait grande tragédie, ni comédie romantique, ni grand film social de l'époque, un mélange de tout ça, qui, si l'on enlève quelques couches de sucre et de bons sentiments, fonctionne toujours très bien.

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2006-06-25
MK2 Quai de Seine - Dans la Nouvelle-Zélande des années 50, jeunes filles en uniformes, rigueur morale, enseignement à l'ancienne. Deux adolescentes arrivent à s'échapper du quotidien en s'imaginant des mondes fantastiques et se perdent dans une amitié fusionnelle, extrème, qui ira jusqu'au meurtre de qui voudrait les éloigner. Bref, un joli sujet, entre imaginaire extrême, troubles ados et film presque d'époque, et Kate Winslet est plutôt ensorcellante.

Mais.

Mais c'est frappant de voir Peter Jackson, dans un de ses premiers films, sujet aux mêmes tics et problèmes que maintenant. Les mouvements de caméra un peu kitsch (ah, la prise de vue qui tourne autour du personnage en haut d'une colline, ah, la caméra au ras du sol). Les fins de films sans rythme qui tombent à plat. La tendance au plus gros, plus fort, plus de grimaces. Bref, on se retrouve à regarder ça avec un brin d'ennui et d'abattement, un peu comme regarder le gus d'à coté au café qui roule des mécaniques en racontant des platitudes.

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2006-06-24
Studio 28 - On ne sait pas trop sur quel pied danser. Le problème du film, c'est qu'il n'est pas assez drôle pour être un vrai film comique, une vraie caricature, ni assez engagé pour être un film politique, ni assez rigoureux pour être un portrait. On se retrouve donc avec cet OVNI, montage d'images d'archives de Jacques Chirac avec en voix-off une imitation de Jacques Chirac promettant de dire toute la vérité et révéler tous ses trucs. Bref, pas franchement le même esprit que le "1974, partie de campagne" de Depardon (qui suivait Giscard).

"Dans la peau de Jacques Chirac" est assez bien vu pour pas mal d'aspects: l'ancrage local - parce qu'il faut une base arrière et les parcours en long, large et travers de la Corrèze par l'éternel candidat sont savoureux. Et même plus largement, voir l'éternel candidat en pilotage automatique, serrant les mains sans cesse, répétant robotiquement la même petite phrase à faire mouche, les petits dessous des rencontres avec le peuple, la presse, les dignitaires. Les mises en scène grandiloquentes et ridicules (ne manquez pas le film d'horreur de l'hotel de ville, ou les chansons de campagne du RPR, de 1977 ou de 1981).

Pour les cotés frustrants: on reste sur sa faim pour le Chirac grand prédateur, redoutable tueur politique. Le tableau de chasse est bien brossé, de Chaban à Balladur, de Séguin aux rénovateurs. Quelques scènes sont absolument terribles, comme Giscard évitant de serrer la main de Chirac ou un long travelling sur les jeunes loups aux dents longues du RPR, tous flingués politiquement ou judiciairement. Le Chirac qui trouve plus fin politique que lui avec Mitterrand (et qui resservira certains trucs dûment appris à Jospin).

Et finalement, c'est le plus attendu qui intéresse presque le moins: les revirements incessants, la capacité à défendre sans sourciller tout et son contraire, les affaires, les pschit abracadabrantesques. Parce qu'on a le sentiment de tout savoir. Et parce qu'on se retrouve presque un peu gêné à se retrouver à considerer ça comme banal, et que le film fait de même.

Deux derniers détails frappants. Une phrase terrible du pseudo-Chirac en voix off, qui remarque en passant qu'il a toujours été très fort pour conquérir le pouvoir, sans jamais vraiment savoir qu'en faire ensuite. Et aussi une impression floue et tenace de reconnaître dans le Chirac de la marche au pouvoir un Nicolas Sarkozy bien actuel: mêmes jeux avec les thèmes 'qui marchent', même énergie politique totale, même pragmatisme - pour ne pas dire opportunisme - constant.

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2006-06-17
Studio 28 - Film curieux, intéressant, Un producteur de série B sur le retour, vrai fou de cinéma - très Roger Corman dans l'esprit - se retrouve avec un embarrassant scénario entre les mains, une transcription fidèle de l'épopée de Berlusconi. Et contre toute attente, il donne sa chance à sa jeune et charmante scénariste et réalisatrice, malgré ses studios qui battent de l'aile, et malgré sa vie personnelle qui est en train d'exploser.

S'ensuit un curieux mélange de chronique femme-et-enfants, de réalisatrice dépassée par son sujet, d'acteurs égocentriques, de film dans le film. Et ça patine un peu: le début de film est un peu bancal, l'intrigue familiale met du temps à se placer, la réalisatrice reste longtemps un peu creuse, et les passages imaginaires sur le film en train font envie et frustrent. Et puis, subitement, les pièces tombent en place, et la seconde moitié du film devient passionnante. Les personnages ont pris de l'épaisseur, le Berlusconi de fiction prend chair, et le final arrive enfin à faire naître des émotions. Curieusement, c'est une fois les gamins absents des scènes que la trame familiale arrive à quelque chose de fort, et le film dans le film trouve enfin sa conclusion frontale, réelle, et totalement glaçante.

Mais finalement, la grande question posée par le film, c'est: est-ce qu'il est encore possible de faire un film politique en 2006 ? Comme les grands films politiques des décennies précédentes, à la manière de ce que jouait Gian Maria Volontè, comme rappelé à l'envi dans ce film ?
Et la réponse est simple: non. Impossible, c'est plus l'époque, terminé, y'a rien à voir, circulez. Comme le remarque Nanni Moretti lui-même dans le film, c'est fini, Berlusconi a gagné il y a 20 ou 30 ans. Et finalement, les raisons économiques (cf. la scène de la RAI tout de suite gênée par le sujet) ne sont pas forcément le noeud du problème: comme le film dans le film le pointe, Berlusconi a réussi à changer la société. Et là encore l'acteur Nanni Moretti le dit: il n'y a plus rien à révéler: tout le monde sait exactement ce qu'il en est, il n'y a plus de masques à faire tomber, plus de régime à dénoncer. La mise à nu n'en est plus une. Il n'ya plus qu'à tourner autour, louvoyer, montrer ces personnages consumés par la volonté de faire ce film, qui eux, êtres de fiction, ont encore le luxe de croire pouvoir changer les choses.

Et du coup, on comprend mieux le choix de Moretti, tout en restant frustré du film qu'on ne verra jamais.

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2006-05-30
MK2 Quai de Loire - Trois remarques.

Un: Almodóvar signe un film à la fois dans la lignée des précédents (et en particulier le tiré au cordeau et théorique "La mauvaise éducation") et des plus anciens. Couleurs, folies, femmes, rouge, mères, mort. Les actrices sont évidemment formidables. Histoire de femmes, de filles, de mères, de morts, de fraternités et un grand tourbillon pour mélanger tout ça.

Deux: Almodóvar est un extraordinaire raconteur d'histoires. Parce que parler d'excellence du scénario ou de la mise en scène ne serait pas faire justice à l'ensemble. Tout fonctionne, tout s'imbrique, et il est capable de faire avaler absoluement n'importe quoi au spectateur, tout et son contraire, sans qu'à aucun instant on ne sorte du récit. Si Almodóvar posait à un moment comme principe que si danser le jerk en lisant l'annuaire permet d'aller sur la lune, on serait prêt à admirer les cratères l'instant d'après. Et réussir ça sans passer par les artifices du second degré et autres connivences avec le spectateur, c'est fort, très fort et il est un des très rares à réussir cela maintenant (peut-être avec Jeunet).

Trois: pourquoi Volver n'est pas tout à fait un chef d'oeuvre ? Parce que le film manque quand même un peu d'enjeu ? Parce que certains personnages (surtout les hommes) sont vraiment trop à l'état d'ébauches ? Parce qu'hormis le plaisir tient de la satisfaction de l'amateur de puzzles et que l'on reste un peu en dehors ? Dur à dire.

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2006-05-24
MK2 Quai de Loire - C'est très curieux: je trouve que Marie-Antoinette est un film qui ne fonctionne pas du tout. Mais j'ai énormément de mal à mettre le doigt sur ce qui cloche.

Je n'ai pas de problème avec le parti-pris de Sofia Coppola: montrer la reine principalement dans ses années d'insousciance et traité cela comme une version XVIIIème de la vie dorée de la jet set. Au contraire, d'ailleurs, et le style de la bande annonce m'avait totalement convaincu. Mais dans le film, on ne retrouve pas cette énergie, ce coté jusqu'auboutiste dans la décadence.

Alors pourquoi ? Problème de construction ? avec un film déséquilibré entre une ouverture et un final assez courts et un long tunnel d'amusements au milieu ? Problème de dialogues ? Ce n'est sûrement pas le choix de l'anglais qui me gène ici (Les Liaisons Dangereuses ont prouvé que ce n'était pas un problème), peut-être plus le fait de ne pas l'assumer et de parsemer le tout de bribes de français ou d'anglais si manifestement parlé par des français ? Le fait que le texte manque singulièrement de mordant ?

Un autre endroit où le film ne fonctionne pas du tout non plus, c'est quand il s'agit de faire passer le grondement souterrain qui va aboutir à la fuite de la royauté. Quelques répliques parlent de modération financière, quelques plans très mal intégrés montrent Louis face à ses ministres, et les emeutes à Versailles sont présentées d'une manière tellement cheap qu'on frôle le ridicule. Là encore, ce qui me gène n'est pas de faire l'impasse sur la situation extérieure aux palais - c'est le principe du film -, mais c'est de le voir le film l'amener par la bande d'une manière si maladroite. D'autant qu'avant les émeutes populaires il y a eu bien des coups de semonce, et certains relevant franchement des intrigues de cour, comme l'affaire du collier qui a continué à démolir la réputation de la reine.

Alors qu'est-ce qu'il reste ? pas grand chose. Kirsten Dunst s'en tire merveilleusement bien, Asia Argento est parfaite en Du Barry, ancienne courtisane méprisée par la cour. Visuellement, à part quelques moments génant, c'est très réussi, même malgré une mise en scène un peu sage. En fait, c'est le début du film qui est le plus impressionnant: les cérémonies glaciales de passage de la frontière, l'arrivée à Versailles parmi une foule hiératiques, figée et poudrée - et on pense à Barry Lyndon aux masques de Eyes Wide Shut, ce qui n'est pas un mince compliment.

Et c'est ensuite que cela se gâte, avec ce long trajet sans rythme dans les fastes de Versailles, comme si Sofia Coppola, aveuglée par les ors et la singularité de son projet n'avait plus rien trouvé à raconter.

Fiona Gordon, Dominique Abel, Bruno Romy

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2006-05-16
MK2 Hautefeuille - Petit film burlesque et imaginatif. Après une nuit imprévue dans une chambre froide, une femme plaque tout: maison, mari, enfants, boulot, et part, direction l'océan et les icebergs.

C'est complètement fauché, rigolo, avec pas mal de jolis petits gags visuels. C'est quasiment un film sans dialogue qui fait penser à un Aaltra en moins méchant, bref un OVNI. Le seul vrai reproche qu'on pourrait lui faire, c'est qu'un film qui joue comme ça du décalage, du visuel, se doit de tenir la distance, et l'iceberg manque parfois un peu de rythme.

Raffraîchissant.

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2006-04-27
Pathé Wepler - OSS 117, c'est le modèle même du film comique où on gagne à tout les coups. C'est nul ? C'est lourdaud ? Les moindres blagues tombent à plat ? Mais c'est normal, voyons, c'est du second degré. C'est mal joué, poussif, sans rythme ? De quoi vous plaignez-vous, on ne fait que reprendre le pire du film franchouillard des années 50, c'est vo-lon-tai-re.

Et évidemment, tout détracteur aura forcément manqué l'objet du film, et devrait d'ailleurs avoir honte de son manque d'humour, l'ignoble personnage.

Mais à la réflexion, le meilleur moment du film, c'est probablement le générique de début, en pur délire graphique années 50, un peu dans ce qu'avait imaginé Pixar pour Monsters, Inc. Ça a l'autre avantage que l'on y voit pas Jean Dujardin, qui tente de faire un mix entre Buster Keaton et Peter Sellers, et n'aboutit qu'à un rejeton batard de Louis de Funès croisé au Michel Galabru. On a mal pour lui.

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2006-04-11
Studio 28 - Très frustrant, très énervant. Graphiquement, "Renaissance" est aussi réussi et innovant que "Sin City", et va peut-être plus loin en n'étant pas enfermé dans un trait B.D. Certains plans urbains sont véritablement à couper le souffle et les décors vont très loin dans l'invention d'un monde - pour le coup, on peut faire le compliment d'une comparaison avec Blade Runner.

Mais le problème, le gros, l'énorme problème est que le film est franchement gâché par un scénario faible (trop d'enjeu tue l'enjeu... - et pourant il y avait à faire dans le parano/complot futuriste) et des dialogues ratés. Alors oui, on flirte avec les codes du film noir, mais le dialogue - ou le doublage ? - a un coté un peu amateur qui fait grincer des dents devant pas mal de scènes, et paradoxalement, en fait oublier la splendeur visuelle.
Bref, c'est crispant, et on repense au motto d'un John Lasseter au sujet des Pixar: "l'histoire, l'histoire, toujours l'histoire". Alors oui, c'est agréable de voir un studio français sortir un film qui en flanque plein les yeux, mais les américains restent encore devant en 'storytelling', et savent éviter de gâcher la forme avec le fond.

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2006-04-10
Studio 28 - En fait, c'est un Chabrol zen. La trame de l'affaire Elf est transparente, et il ne faut pas s'attendre à une grande fresque à la Syriana qui suivrait les multiples brins d'une complexe affaire judiciaro-politico-financière. Non, manifestement l'idée de Chabrol ici est beaucoup plus de faire dans la galerie de personnages, dans la peinture d'atmosphère, et c'est finalement pas si mal. La galerie de portait est d'envergure, sans trop verser dans le cabotinage (Huppert pas si terne, Berléand, Balmer, Bruel en requins affairistes). Et même si il ne faut pas s'attendre à une intrigue policière palpitante - là n'est pas l'esprit - , le film arrive à garder un charme certain, de raccords ironiques (ah, les piranhas / sushis) en situations floues (le personnage de Félix), et le tableau brossé, mi amusé, mi cynique n'est finalement pas si désagréable.
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2006-04-09
Studio 28 - C'est ennuyant ces films que l'on trouve bons, tout en ne pouvant s'empêcher de se dire qu'on en gardera pas une grande trace d'ici quelques mois.

Parce que "Capote" est vraiment intéressant, tant pour son objet que dans le traitement. Le scénario tient en quelques lignes: après un quadruple meurtre dans le Kansas, Truman Capote se rend sur place pour espérer y trouver matière pour un article ou un livre et se retrouve fasciné par le fait-divers et les deux meurtriers, qu'il suivra jusqu'à l'exécution.
Loin d'être un film de procès à l'américaine, un thriller, ou un combat contre la peine de mort, le film se sert de ces matériaux pour traiter de quelque chose de très différent: la création artistique et comme l'écrivain peut devenir obsessionnel, un véritable vampire pour son sujet.
Et c'est très bien traité: Philip Seymour Hoffman est absolument formidable en génie et monstre égocentrique, charmeur et pitoyable, et la collection de second rôle (Chris Cooper et Catherine Keener en tête) participe au charme. Mais mais mais... il manque quelque chose. Du rythme ? Le film n'a pas vraiment d'aspérités dans son déroulement ? Un peu de mise en scène ? Certains plans de campagne désolée et plate Kansas se retrouvent posés là un peu au hasard, sans que le film n'y gagne vraiment quelque chose (rien à voir avec Fargo ou Paris Texas où l'environnement était un vrai personnage du film), et même la montée vers le dénouement final est un peu plan-plan. Curieux
Un bon point pour finir: ça donne envie de lire le "De sang-froid" de Capote.

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2006-03-21
Studio 28 - Ennuyeux, un film que je n'arrive pas à trouver formidable, sans réussir à mettre le doigt sur ce qui cloche. La mise en scène est réussie, nerveuse, sans trop tomber dans les pièges de la caméra portée. Romain Duris joue un beau salaud, et devient pour le coup nettement plus intéressant que son jeu uniforme habituel, l'histoire est un tissage de trames plutôt réussi, entre polar qui n'irait pas à son terme, tranche de réalisme sur agents immobiliers véreux, et curieuse histoire de passion musicale. Mais quelque chose manque, de l'ampleur ? un peu d'enjeu ? un minimum d'empathie pour certains des personnages ?
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2006-02-24
MK2 Quai de Loire - Ce n'est pas un film sur la perte de l'innocence au moyen-orient, et principalement parce manifestement, il n'y a jamais eu de temps de l'innocence.

La scène-cle du film, c'est ce moment où un agent de la CIA, usé par trop de terrain, se retrouve confronté avec des éminents membres de l'administration américaine qui s'attendent à entendre une confirmation de leur théories simplistes. Et où il ne peut que lâcher, renonçant à la fois à entrer dans le jeu et à s'opposer, un désabusé "C'est compliqué".

Alors oui, c'est compliqué. C'est pas simple de mêler dans une intrigue une lutte de succession dans un émirat, des magouilles financières et légales de supernationales du pétrole, les services de renseignements manipulant et se faisant manipuler, sur le terrain ou dans les bureaux, et les éminences grises, les guerres d'influences, la guerre sale des coups tordus, les intégristes et les endoctrinements.

"Syriana" joue très habilement avec cette complexité, refusant de prémâcher les intrigues et de guider le spectateur par la trame habituelle d'une fiction. "Syriana" c'est une tranche de réel, de magouille géopolitique, déformée, tordue, fictionisée, une de ces inventions qui en révèlent plus sur le monde que la bête réalité. Alors oui, il faut s'accrocher, ou plutôt accepter de ne pas tout saisir d'emblée, de ne voir passer que des pièces éparses de puzzle qu'on arrivera - ou non - à réunir au fil du film. "Syriana", c'est ces bribes de mise en scène, d'information, un dialogue, qui peu à peu composent un tableau terrible des guerres du pétrole, du moyen-orient.

La scène précitée sur les conceptions caricaturales de l'administration sur l'Iran en dit beaucoup sur d'autres conceptions primaires de certains faucons. Un "comité de libération" washingtonien et mondain rappelle les manoeuvres d'un Chalabi autour de l'Irak. On y voit aussi que la situation de certains musulmans au coeur des pays du Golfe n'a rien de reluisant, et que la barrière de la langue y est aussi haute qu'ailleurs. Mais "Syriana" ne se cantonne pas à l'explication, au démontage de rouages, c'est un film, un vrai film, qui regorge de plans sec, magnifiques d'autoroutes traversant le désert, de palaces uniformisés, de piscines vides à la gloire passée qui ont comme le parfum des mondes d'Enki Bilal.

Georges Clooney est impressionnant, changé, marqué, empaté, et Matt Damon, comme la plupart des personnages secondaires sont totalement investis. Pour moi, "Syriana" est un un cran très nettement au dessus de "Traffic", moins en effet de style, plus en ampleur. Et m..., ils sont forts ses américains, y aller au culot, de front, se coltiner des sujets politiques, chauds, sans compromis. Chapeau.

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2006-02-17
Studio 28 - George Clooney est décidemment quelqu'un d'intéressant. Son premier film, sans être un chef d'oeuvre absolu, était plus que digne d'intérêt avec un scénario ambigu et une vraie mise en scène, élégante et bourrée d'idées. "Good night, and good luck" ne fait que confirmer.

"Good night, and good luck" retrace la fin du McCarthysme et comment Ed Murrow, chef de l'information et présentateur a décidé de montrer les contradictions et le danger pour les libertés de la croisade du sénateur. Autre bonne idée de mise en scène: incorporer dans l'action les images d'archives. L'impact des imprécations de McCarthy et de ses délires anti-communistes (on n'est pas loin de Dr Folamour dans certaines de ses tirades) est bien plus grand que si il avait fallu faire rejouer le tout à un acteur.

Ironiquement, le film est finalement très classique: unité d'action, de lieu. Le noir et blanc granuleux, élégant fonctionne d'autant mieux que Clooney a réussi à rassembler un groupe d'acteurs qui montre une vraie envie de fonctionner en 'troupe' et dont les tronches sont tout à fait raccord avec ces 50's pas si magnifiées.

Dernier bon point pour le film: "Good night, and good luck" est loin d'être une célébration béate de la lutte contre le McCarthysme. Déjà parce qu'il ne fait pas l'impasse sur les liens délicats entre information et financements (le traitement du patron de CBS est à cet égard plutôt finaud et pas trop caricatural), mais aussi parce qu'il montre comment Murrow, tout en gagnant le combat médiatique contre le sénateur, a finalement perdu un autre combat, celui de faire de la télévision un média responsable, éthique et qui puisse servir à autre chose que l'entertainment.

Alors oui, on pourrait probablement voir aussi dans pas mal des dialogues du film des allusions assez directes à l'attitude de l'administration Bush, mais ce qui ressort le plus finalement est cette nostalgie un peu amère d'une manière de concevoir les médias qui n'a pas survécu longtemps aux rêves des pionniers du petit écran.

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2005-12-18
Studio 28 - Un trentenaire hype, condamné à courte échéance, fait le vide autour de lui avant la mort.

Ozon réalise quelque chose de très bizarre: un film qui se veut totalement réaliste, et dans le même temps, traversé de fantasmes.

Double fantasme de paternité: laisser une vie derrière soi, et en plus le faire en étant homosexuel. Fantasme de contrôle: vivre sa vie totalement, absolument comme on l'entend, sans laisser la moindre prise aux conventions sociales. Choisir qui voir, quoi faire. Garder l'ultime pouvoir, l'information, en refusant d'informer quiconque. Fantasmes de jouissances, en accumulant les moments de plaisirs purs, les envies, les découvertes, le sexe, une glace au chocolat.

"Le temps qui reste" n'est jamais aussi bon que lorsqu'il reste dans ces extrèmes: le personnage se met en scène en expérimentateur de sa propre marche à la mort, et regarde assez détaché l'impact de ses gestes, de ses vérités sur les autres.

Alors, quoi ? Grand film ? Peut-être par son sujet, c'est si rare de voir un cinéaste français se prendre de front le thème de la mort ? Mais alors, pourquoi plomber périodiquement le film par des flash-backs franchement pas finauds ? Pourquoi forcer le constraste en faisant de Romain un photographe de mode, en caricaturant à outrance le début du film ?

C'est d'autant plus incompréhensible que le film est tout autant traversé de moments de grâce: un simple plan d'yeux hagards tressautant dans un rétroviseur, le temps suspendu, adossé à un arbre, les adieux à Jeanne Moreau. Parce que les acteurs sont excellents, sans exception. Et parce que globalement, le film, sec comme un coup de trique, ne laisse que très peu la place au mélo.

Il lui sera donc beaucoup pardonné.

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2005-10-30
MK2 Quai de Loire - Matchpoint est génant, très génant. J'aimerais en dire du bien, féliciter Woody Allen d'avoir réussi à faire un vrai film hors de New-York, d'éviter les dialogues allenissimes, d'avoir trouvé d'emblée un ton juste pour son film londonien, de n'avoir ni caricaturé le gentry, ni le Rastignac de service. D'avoir gardé une mise en scène limpide et élégante, avec juste ce qu'il faut comme points d'audace. D'avoir cousu quelques incertitudes et retournements de bon aloi dans son intrigue. Les acteurs sont franchement bons (hormis Scarlett Johansson, qui ne fait pas dans la finesse), et Woody Allen s'amuse bien d'avoir à sa disposition toute une panoplie d'accents anglais, du cockney à l'irlandisant.

Mais ça ne fait pas tout.

Il reste que Match point est un film que je trouve totalement antipathique. Qui joue avec facilité et paresse du mélange de classe (toi aussi, aide Jonathan Rhys-Meyer à trouver une cravate pour l'opéra, clicke sur Harrod's si tu as besoin d'aide), et à son suspense facile (clashera ? clashera pas). Qui pose comme un fait accompli le double standard masculin, façon petit mâle du XIXème (la femme pour faire des gosses, la maîtresse pour la galipette). Qui cache derrière une petite amoralité - le seul élément un peu réjouissant du film - un conformisme peu ragoûtant.

Oui, ce n'est pas du Woody Allen habituel. C'est bien plus vivant, enlevé, imaginatif. Mais je ne suis pas sûr d'y avoir gagné au change.

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2005-10-07
Studio 28 - Broken Flowers fait partie de ses films dont il faut tomber sous le charme, se laissant emporter.

Alors évidemment, quand ça n'arrive pas, on est un peu dépourvu. Alors quoi ? Donc Broken Flowers, un film en plusieurs chapitres, sur un Don Juan qui apprend qu'il a un fils, que ce fils le cherche, qui va à reculons visiter ses anciennes amantes d'il y a 20 ans. Roadmovie entre routes et aéroports, Bill Murray qui traine sa carcasse dépressive, poussé à l'action par un voisin haut en couleur. Les ex font un peu trop panel sociologique, mais restent néanmoins quelques moments de grâce: la première rencontre avec Sharon Stone et sa Lolita, un dîner de gêne extrème, une scène émouvante chez une fleuriste, un final ambigu avec un Don qui va se retrouver de force en prise avec le monde.

Bref, tout cela n'est pas si mauvais, mais avec l'impression qu'il faut tamiser dru pour trouver quelques pépites.

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2005-09-25
Allons, ce n'est pas si dramatique. Après avoir entendu pis que pendre au sujet de ce second épisode, j'appréhendais un petit peu. Et finalement, c'est très loin d'une catastrophe, et plutôt agréable. Evidemment, la trame policière n'est pas très intéressante, et est traitée un peu par dessus la jambe. Evidemment, Sabine Azéma se retrouve dans un rôle quasi muet et n'a pas grand chose pour épater.

Mais le film brille à instiller un univers loufoque, décalé, avec une bonne part de mailaise. La première partie du film est à ce titre franchement intéressante, avec Zabou Breitman et Bruno Podalydès presque inquiétants à force d'être en décalage total, et les autres seconds rôles (Vincent Elbaz, Olivier Gourmet, Michael Lonsdale) sont tout aussi réjouissants. Le burlesque tintinesque du premier opus fonctionne toujours aussi bien, et la photographie est absolument splendide. Alors quoi ? une photo hors norme, un film burlesque, un climat d'étrangeté, ça suffit déjà à être bien au dessus de la moyenne dans la production française.

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2005-08-07
J'avais hâte de revoir ce film, une bonne douzaine d'année après, et le plaisir est intact.
Finalement, entendre le texte de Laclos joué en anglais n'est pas si gênant. Déjà, Glenn Close et John Malkovitch s'en délectent et sont délicieux de cruauté rentrée. Et en fait, Stephen Frears se débrouille très bien, en imaginant des contrepoints très visuels aux double-sens des échanges épistolaires du roman, et réussit à donner un vrai rythme de mise en scène, loin du ronronnement habituel des films historiques (ok, Barry Lyndon mis à part). D'ailleurs, ouvrir le film sur l'habillage, la pose des masques, et le clore sur la marquise se démaquillant, mise à nue et pathétique pour la première et dernière fois est un superbe trait, parfaitement dans l'esprit.

Et j'avoue, j'ai un peu pouffé en voyant un jeune Keanu Reeves poudré et fardé, délicieusement emprunté.

Oh, c'est la millième notule, dans la troisième mouture de MindFood. La première était une bête page HTML éditée à la main, mi 1998 à Montpellier, sur une idée de Bertrand alors exilé loin des écrans français. Champagne!

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2005-07-31
J'avoue, j'ai un grave problème avec Romain Duris. Ou son personnage. Ou les deux. Ce qui n'aide pas pour apprécier ce film: pourquoi faire une comédie quand une bonne moitié des personnages sont des têtes à claques, ou franchement antipathiques ?

Eh non, je ne trouve pas Romain Duris crédible une seule seconde dans ses grande envolées philosphique sur l'Amour (qui ne vient pas quand on est seul, qui s'en va quand on en l'est pas, qui complique tout dans les autres cas). Et le personnage d'Audrey Tautou réussit parfaitement à être crispant au point que l'on se désintéresse totalement de ses malheurs. Les intrigues secondaires pourraient éveiller un peu d'intérêt (le gamin, la mère, la vie professionnelle), mais arrivent un peu n'importe comment et disparaissent de même.

Certains choix de mise en scène sont intéressants, audacieux, marrants. Ça change, c'est inventif, c'est gonflé. Le récit lui-même se fait couper en petits morceaux, explore des pistes possibles, revient, se retrouve. C'est pas du De Palma, mais ça change du cinéma français habituel. Mais là encore, la platitude du fond plombe un peu la forme, et une comparaison vient à l'esprit avec le "voyage européen" de "Rules of Attraction", lui aussi en collage/accéléré/dynamitage, mais combien plus efficace.

Que reste-t'il à sauver ? Cécile de France et son personnage de lesbienne forte en gueule (et -la- vraie scène de comédie du film, chez le grand-père). Et Kelly Reilly évidemment, craquante et qui sonne juste en Wendy, ce qui ne s'applique guère aux autres. Les autres habitants de l'"auberge" ne sont (malheureusement) là qu'en faire-valoir.

Tout comme "l'auberge espagnole" m'avait énervé par son coté tapons-dans-le-coeur-de-cible-coco, "les poupées russes" me restera probablement comme une caricature racoleuse et pas très fine des états d'âme des trentenaires, une disgression pas très engageante sur le mariage et le papillonage. Très bavard, bizarrement construit, et véhiculant une vision de l'époque guère finaude.

Et ça m'énerve. Parce que j'ai -envie- d'aimer les films de Klapisch. Parce que c'est un des rares à avoir l'audace de prendre l'air du temps comme sujet. Sauf que non.

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2005-07-28
Oh oui, j'avoue bien honnêtement, je ne m'attendais pas à monts et merveilles. Parce que c'est un film de commande, parce que c'est un film ciblé 'pour enfants', parce que le dernier film comparable dans la filmo de Burton ("La planête des singes") m'avait laissé pour le moins dubitatif.

Et j'avais tort.

Parce qu'un peu comme pour Batman, Burton arrive à se glisser dans quelque chose qui pourrait être franchement lénifiant et le pervertir en douce. La première scène d'entrée dans l'usine de Wonka en est une très bonne métaphore d'ailleurs: un spectacle assez rose bonbon qui a de quoi laisser dubitatif (spectacteurs et personnages, d'ailleurs), et qui tourne au noir.
Donc, ça fonctionnne, à la fois parce que Tim Burton n'a pas trop coupé les griffes à Roald Dahl, et parce que la fantaisie des deux univers se conjugue franchement bien. Rajoutez à ça un Danny Elfman qui s'amuse manifestement comme un petit fou (l'animal se paie le luxe de faire toutes les voix des - hilarants - épisodes chantés des Oompas Loompas), Johnny Depp aussi décalé, grimaçant et bizarre que dans Pirates des Caraïbes, et des seconds rôles caricaturaux à souhait, et quelques détournements cinéphiliques absolument énormes.

Bref, une très heureuse surprise.

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2005-07-14
C'est dramatique, ces films qu'on aimerait trouver sympathique. Enfin, l'honnêté pousse à avouer que ce film est très bon, drôle, finaud, pour toutes les scènes sans Romain Duris. Non, c'est un peu méchant, disons que:
1/ le personnage de Romain Duris en fils à papa gauche et qui se joue décoince au fur et à mesure du film m'est d'entrée antipathique.
2/ La voix off ouvrant et cloturant le film est particulièrement niaise et pompeuse. Ou bien est-ce tout à fait volontaire pour que le personnage de Duris soit -effectivement- antipathique.
3/ Cécile de France, et les autres habitants de l'auberge sont, par contraste, particulièrement frais et intéressants. Et malgré les avances rapides, ce qui précède le début de la cohabitation n'est guère palpiptant.
4/ Le film a quand même un aspect 'tapons dans un coeur de cible' de l'étudiant-ouvert-européen-bon-enfant-futur-yuppie-on-se-bourre-la-gueule-mais-on-est-sérieux-aussi franchement désagréable. Il est donc conseillé d'être encore dans le trip suscité ou en pleine vague nostalgique.
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2005-07-09
Un film autour du corps, des corps. C'est suffisemment rare pour mériter un bon point, d'entrée de jeu, hop. Donc, "Douches froides", un ado, capitaine d'équipe au judo, plutôt de famille populaire comme on dit, sa copine de longue date. Couple uni, totalement à l'aise de tout point de vue. Puis un élément perturbateur, un autre judoka, ado, fils à papa sponsorisant le club sportif, maintenant remplaçant du premier.

Hormis les très maladroites voix off du tout début et toute fin du film, "Douches Froides" reste très peu explicatif et c'est tant mieux. Comment Clément en vient à s'insérer dans le couple ? Par sa position sociale ? Par pure envie et plaisir de Michael et Vanessa ? Via une provocation ou une envie de plaire de Michael ? Et même l'évolution du triangle reste assez mystérieux. Vanessa est sans doute le personnage le plus passionnant du film: directe, imprévisible, et en même temps mature, capable de mettre les autres devant leurs propres contradictions.

C'est dommage que la mise en scène ne suive pas forcément, les dialogues, les scènes familiales, la fête, cela manque un peu de regard, mais par contre, les scènes de sport sont nettement plus passionnantes, rythmées, elliptiques, tout comme les scènes d'intimité physique, à la fois très détachées et complètement frontales.

Donc, douches froides, ou les corps contraints: corps qui perd 8 kilos - à cause d'un autre corps blessé - , corps titubant par l'alcool, corps qui se donne aux autres, courbatures, rapports amoureux, combats. Et contrairement à d'habitude, ce n'est pas le corps qui trahit. Bref, Pas parfait, mais intéressant, prometteur, et singulier dans les sorties actuelles.

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2005-06-18
Certains films ressemblent décidemment exactement à ce que l'on en attend. Nicole Kidman est belle, Sean Penn meurtri par la vie, le complot raisonnablement prenant et avec (évidemment) une petite surprise à la fin. C'est amusant de voir un film dans les batiments de l'ONU. La caravane passe. Certains plans de nuit de NYC sont magnifiques (dont l'un à la verticale des avenues - superbe). On ne s'ennuie pas. Ça manque un peu de méchanceté politique. Yvan Attal parle mieux anglais que Nicole Kidman français. Le chameau aboie. Ca passe le temps.
Frank Miller & Robert Rodriguez, avec la participation de Quentin Tarantino

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2005-06-08
Ouch. Remarque liminaire: tout comme Immortel, Sin City est un projet ultra-casse gueule. Prendre un des 'romans graphiques' (comme disent les américains) les plus violents, tant dans les thèmes (meurtre, sexe et vengeance dans une putain de ville) que dans le graphisme, du noir et blanc taillé à la serpe. Et tout comme Immortel, ça passe, avec honneurs, parce que le film arrive à trouver sa place, ni resucée, ni décalcomanie.

Donc voilà, Sin City, une succession d'histoires courtes, un peu mêlées, violentes et glauques, qui seraient inregardables dans un film classique. Le film ne fonctionne d'ailleurs jamais aussi bien que quand il va dans l'outrance graphique, les inserts, les plans très violemment contrastés, les ombres chinoises, bref, quand il colle à l'ambiance graphique sans concession des BD de Frank Miller. Les scènes qui retrouvent un éclairage un peu plus classique (par exemple des plans de visage de femme, quelques scènes d'exposition) font presque sortir de l'ambiance.

Evidemment, le casting est impressionnant, mais -hormis Bruce Willis- n'écrase jamais les personnages. En particulier Marv, superbement joué par Mickey Rourke en bloc de chair butée, et Dwight (Clive Owen), archétype du détective hard-boiled de film noir. Car finalement, Sin City c'est ça, bien plus qu'un film "de BD", ou une prouesse technique, un superbe dépoussierage du grand film noir, de ses magouilles d'influences, des putes et des flics, des bouges. Youpie.

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2005-06-05
Le film vaut bien mieux que l'affiche. Une enquête policière, mais prétexte à de nombreux instants de dérapages dans l'absurde. Sur la trame d'Agatha Christie, Pascal Thomas s'amuse manifestement comme un petit fou à greffer des fausses pistes, des militaires idiots, des chorales d'enfants qui chantent du Shakespeare et des problèmes de masques à gaz, des jumeaux insupportables.

Le tout donne un film sympathique en diable, qui donne souvent l'impression d'être dans une sorte d'univers parallèle, comme une ambiance très années folles transposée dans la savoie d'aujourd'hui, avec villages fleuris, maison anglaise d'un colonel des RG (Dussolier, excellent) et sa femme trop curieuse (Catherine Frot, peut-être un peu trop dans le registre de la Dilettante). On n'est pas loin d'un réalisme merveilleux à la "Adieu, plancher des vaches"

Les seconds rôles, à commencer par Laurent Terzieff et Geneviève Bujold mais tout autant les tronches occasionnelles sont formidables. Et l'ambiance de course au trésor est un bon prétexte pour passer de décor en décor, tout en parsemant les dialogues de répliques savoureuses. Mais... Mais alors qu'est-ce qu'il manque pour un très bon film ? Probablement une réalisation nettement plus nerveuse, et une image un peu soignée, l'ensemble fait parfois une vague impression de téléfilm, et c'est dommage, vu la qualité du matériau.

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2005-05-22
Une jolie idée d'histoire: un jeune coréen "s'invite" dans des appartements temporairement vide, y dort, répare des bricoles, repart le lendemain dans un autre... jusqu'à tomber sur une jeune femme en perdition qui l'accompagne alors.
Jolie idée d'histoire, quelques belles idées de réalisation (l'omniprésence des reflets et des miroirs, la transparence des choses, le souffle discret de l'invisible), mais je ne peux m'empêcher de trouver l'ensemble de l'exercice un peu vain. Peut-être parce que sur les trois grandes parties du film, la première est la seule vraiment intéressante et la dernière singulièrement sous-exploitée et brouillonne ? Dommage...
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2005-05-21
"Bon, on a un peu raté les 1 et 2, non ?" - "Ouais" - "Faudrait faire mieux, peut-être. On va essayer de bosser un peu l'histoire" - "Ah bin c'est pas avec la réalisation ou la direction d'acteurs qu'on va sauver le bazar, c'est sûr".

Donc oui, c'est un mieux. Oui, l'histoire est singulièrement mieux fichue que les deux, oui, Lucas arrive à peu près à renouer tous les fils pendants sans sortir trop de lapins de son chapeau. Mais quelle misère d'avoir Ewan McGregor ou Natalie Portman et les voir à l'écran avec le charisme et l'énergie d'une huitre. Hayden Christensen est fort heureusement moins falot et inexistant que dans l'épisode précédent, donc l'ensemble reste supportable. En fait, les deux acteurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu sont Yoda (comme me glisse V., c'est un peu symptomatique - comme pour LoTR - que le meilleur personnage soit un CGI), et Ian McDarmid. C'est amusant de voir que les seules scènes vraiment intéressante pour le jeu soient le retournement progressif d'Anakin par Palpatine. Là, Lucas arrive a contenir son penchant pour les sur-explications. De même, la fin du film est relativement sobre. Alors évidemment, c'est dommage que les dialogues soient particulièrement foireux, que Lucas aligne les scènes comme à l'usine, que malgré un scénario qui tient le choc, l'ensemble manque singulièrement de rythme et et se permette des moments foncièrement inutiles (dont l'escapade chez les wookies).

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2005-05-14
"Last Days", voyage au bout de la dépression, de la dépossession. Prévenons d'entrée de jeu: c'est moins bon qu'Elephant. Mais pourquoi ? "Last days" reprend la construction en ruban de moebius, les scènes parfois simultanées, disloquées, comme dans monde parallèles (les dernières scènes sont un bon exemple), la caméra qui suit sans cesse Blake, dans de très belles scènes de pièces vides, de forêt. Peut-être "Last days" pêche-t'il un peu par la longueur et gagnerait-il à être un peu plus resserré ? Là où Elephant est battu par contre, c'est par le travail sur le son, qui y était déjà très impressionnant, et est ici complètement époustouflant. La piste sonore est vraiment un film à part entière, pas forcément synchro avec l'image, riche en évocations. La scène où Blake construit brièvement un morceau par strates, la fenêtre ouverte, avec une caméra à l'extérieur qui recule progressivement dans les arbres est un instant de magie, qui justifie tout le film.
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2005-05-13
Cela fonctionne bien, très bien. L'aventure était intéressante: reprendre une pièce de Feydau, en faire un film, éviter le piège du second degré ou de la transposition plan-plan ("un fil à la patte", c'est un peu le miroir réussi de "Pas sur la bouche"). Et cela fonctionne déjà grâce à la distribution, tous uniformément excellents (sauf peut-être Sara Forestier, manifestement un peu intimidée dans ce chaos). Et aussi parce que la caméra se met au diapason de la folie ambiante, nerveuse, bondissante, jouant avec les acteurs (ah, Mathieu Demy s'excusant de bousculer la caméra, un peu façon Blood Simple), la réalisation prend de front le texte limite grivois de Feydau. Et comme disait Cédric Kahn à propos de l'ennui, Charles Berling est un des rares acteurs français à être aussi crédible dans un rôle d'intellectuel que dans une présence physique. Un "fil à la patte" lui doit beaucoup.
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2005-05-01
C'est pas -si- mal. Un acteur loser paumé revient dans son New Jersey natal pour la mort de sa mère et croise ses amis d'adolescence, plus ou moins flamboyants, plus ou moins paumé. "Garden State" démarre un peu comme du Fight Club, tourne rapidement à un "Rules of Attraction" avant de se stabiliser dans un registre plus proche de la comédie. Ce qui sauve Garden State, c'est la surenchère dans la loufoquerie, les paumés celestes, plus que la trame de romance. Tout est aimable dans ce film, peut-être un peu trop ?
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2005-04-30
C'est toujours un plaisir de revoir les Monty Python, surtout au cinéma, et le Graal reste sans doute leur meilleur, qui arrive à éviter a peu près le syndrome 'film à sketches'. Et le dynamitage du film dès le générique de début, et -surtout- à la chute du film sont un pur plaisir à voir en salle, en particulier s'il y a des novices dans l'assistance.
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2005-04-23
Un film à très haut coefficient d'improbabilité. Une famille de loufoques dans un coin bucolique du Japon. Oh et zut, V en parle bien mieux que moi:

"Dans la famille Haruno, la cadette médite gravement sous ses couettes (comment se débarrasser du double géant d'elle-même qui l'épie sans relâche ?), l'aîné lycéen joue au go, tombe amoureux et court ou pédale à en perdre le souffle, la mère dessine des mangas animés sur la table de la cuisine et bondit sur sa caméra lorsque son beau-père, lui-même dessinateur et passablement fêlé, exécute devant elle le mouvement parfait qu'elle cherchait pour un personnage, le père soigne par l'hypnose des patients qui jouent avec les anges, tandis que l'oncle ingénieur du son déambule, croise un ancien amour, ou observe des mains qui dansent le long d'une rivière. Les trains glissent à travers la campagne comme glissait le train du Voyage de Chihiro, les super-héros s'empêtrent dans leurs costumes trop grands, le vent dans les arbres en fleurs fait pleuvoir les pétales.

Et puis quelqu'un meurt, et juste après les funérailles, la visite dans la chambre de celui qui n'est plus mais dont l'odeur flotte encore donne lieu à une scène tout à la fois légère et bouleversante, grave et souriante, belle à en avoir les larmes aux yeux.

La première gorgée de thé, et autres plaisirs minuscules... Doudingue, lent et contemplatif, agité du bocal, poétique, plein de petits riens et d'effets spéciaux drolatiques, improbable, un film bulle de savon, un petit bonheur cinématographique, inégal peut-être, mais ô combien précieux : c'est The taste of tea, de Katsuhito Ishii. "

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2005-04-10
Tanzania, Lac Victoria. Il y a une quarantaine d'année, quelqu'un a introduit un poisson, la perche du Nil dans les eaux du Lac. Ladite perche - un énorme bestiau de plus d'un mètre, presque aussi gros qu'un homme - a rapidement détruit l'écosystème du lac, et fait émerger sur les rives une économie de la pêche. Economie perverse au possible, avec des pêcheurs dans une pauvreté totale, des gamins perdus qui font chauffer les emballages plastiques des poissons pour les sniffer. Un produit de la pêche dont les beaux morceaux repartent en Europe et dont les rebuts, stockés et frits dans des conditions inimaginables (il -faut- voir le film pour le croire) nourissent la région avoisinante. Des caisses de filets qui partent en Europe sur des avions cargos russes pilotés par des baroudeurs ukrainiens, dans un commerce simple et efficace: à l'aller, caisses d'armes pour les conflits africains, au retour, perche du nil pour les supermarchés occidentaux.

C'est un documentaire terrible, glaçant, et terriblement humain. Hubert Sauper ne cherche pas à stigmatiser, pointer du doigt, il avance doucement dans le quotidien des hommes et des femmes tombés dans cette hallucination économique, leur courage tranquille, l'aveuglement du monde extérieur. Il n'y a pas d'ennemis, à part peut-être le consommateur occidental qui va choisir le poisson le moins cher, ou quelques marchands d'armes, pas vraiment d'espoir, mais au moins il y a un témoignage, indispensable.
C'est à voir. Vraiment.

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2005-04-03
Au début, on a une impression bien étrange, un sentiment d'égarement. "Sky Captain and the World of Tomorrow", c'est un exercice de style improbable: refaire un film de SF, d'aventure, un film noir aujourd'hui, comme si c'était une pellicule des années 50. Ce qui saute aux yeux c'est bien sûr les choix esthétiques du film: un new-york Art Déco, des machines géantes très "Planète Interdite", des rivets, des clairs-obscurs, des rotatives qui crachent leur journaux et une antenne façon RKO qui envoie ses ondes sur le globe.

Là où le film est plus finaud, c'est que Kerry Conran respecte aussi l'ambiance et les tics de mise en scène de cette époque, du gentil machisme du bel aventurier (Jude Law, qui s'amuse manifestement comme un petit fou) envers la belle reporter, les attitudes parfois très "vers l'infini et au-delà", une musique de film comme on n'en fait plus. L'histoire elle-même a le goût de ces serials, films de matinée chers à Spielberg et Lucas.

Bref, ce film c'est un peu ce qui se passerait si on envoyait Indiana Jones dans l'univers de François Schuiten. Le film d'un passionné (Conran a trouvé un producteur après avoir préparé un court métrage pendant 4 ans dans son salon!), franchement atypique, carrément gonflé, et une belle réussite.

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2005-04-02
On pourrait dire que "Million Dollar Baby" est un film classique. Classique dans le thème - un cheval de retour fait équipe avec une jeunette -, la forme - un milieu juste un peu exotique - la boxe -, assez pour avoir sa propre culture et ses rites, et la forme - longs plans en mouvement doux -.
Mais cela serait pour le moins réducteur, "Million Dollar Baby" c'est une forme classique, mais c'est loin d'un classicisme pesant, c'est un film tout en retenue, en équilibre, concentré. Un film dont les couleurs passées ont la saveur du noir et blanc, dont les brins d'histoire ne se réunissent pas tous, restent en suspens. Retenu dans le jeu d'Eastwood, anticabotin au possible, souvent dans l'ombre. Concentré dans le récit, n'hésitant pas à sortir du récit dans la poignante dernière partie du film tout ce qui pourrait interférer avec la dernière valse des deux personnages. Très beau.
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2005-03-20
C'est un humour particulier, très particulier, très pince-sans-rire, décalé, foutraque, bref, totalement improbable.

"La vie Aquatique", c'est donc la tranche de vie d'une expédition de la Zissou Team, conduite par Steve Zissou, doublure dépressive d'un J-Y Cousteau en fin de course. Son ami de 30 ans (tm) s'est fait machouiller par un requin, un fils (de 30 ans, également) lui tombe dessus, une reporter de même, ses copains explorateurs se moquent de lui et son couple n'est pas en forme.

Bref, c'est la catastrophe, et c'est hilarant. Bill Murray joue à merveille le patriarche barbu au regard vide, en pilotage automatique de chef de bateau auquel plus personne ne croit - même si ça fonctionne encore, parfois -. Ses acolytes sont des ratés flamboyants, dont un Willem Dafoe façon chien battu, les dialogues touchent au sublime dans le décalé, l'absurde. Et tout gravite, oscille, tient en place et fonctionne comme par hasard, y compris un Jeff Goldblum en nabab océanographe.

Même la mise en scène tangue. Les intertitres reprennent un titrage très documentaire-du-dimanche à la télé, on voit presque les fils des effets spéciaux, du Bowie chanté en portugais traverse tout le film, des plans géniaux traversent tout le bateau d'un bout à l'autre, survolant les cloisons, et le plus beau, c'est que jamais Wes Anderson ne se paie la tête de son bal des ringards, leur laissant toute leur tendresse et leur générosité.

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2005-02-12
Un film bancal, parfois maniéré, énervant, mais aussi émouvant, perturbant. Un coté cauchemardesque assez réussi, on ne sait jamais si l'on est dans la réalité ou dans la névrose des personnages. Film fascinant par l'envie de s'approcher au plus près de personnages au seuil de la folie. Deux histoires croisées, renversant progressivement les caricatures que l'on se forge au début sur les personnages, Nora est loin de la bourgoise coincée et lisse que l'on voit dans les premières images, Ismaël bien plus imprévisible et moins immédiatement fou, et même des personnages secondaires, comme les parents d'Ismaël, se trouvent éclairés à l'opposé à la fin du film. C'est un peu ce qui sauve "Rois et reine": l'accumulation de scènes que l'on pourrait prendre pour 'inutiles' ou invraisemblabes, hors des deux histoires principales, l'envie de recoller des pièces, donner des chances à des personnages, les voir s'enfermer ou s'ouvrir.
C'est foutraque, parfois prétentieux, mais toujours humain. Dur à aimer, mais aimable.
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2005-01-30
Très réussi. On comprend que Scorcese a trouvé de l'intérêt dans ce projet. Un obsessionnel, charismatique, auto-destructeur, créateur de styles, que du bon.

Première force du film: garder un lien entre les différents visages du personnage, le névrotique, l'ingénieur génial, le pilote d'essai, le playboy. DiCaprio arrive à faire cohabiter toutes ces facettes sans avoir une impression de puzzle, même dans une même scène.

Le film fonctionne d'autant mieux à mettre en lumière la névrose de Hugues qu'il évite tout effet. Hugues aux toilettes, se savonnant frénétiquement ("The big shave" n'est pas loin) ou bloqué sur une phrase m'ont semblé bien plus glaçantes que la peinture d'un Hugues reclus en train de sombrer, la peau tavelée de cicatrices et du grain d'une pellicule.

Bref, très belle mise en scène, avec quelques idées très sympatiques (comme certains 'fondus au noir' faits avec l'éclairage des scènes), DiCaprio excellent, Cate Blanchett qui s'est manifestement amusée comme une folle à peindre une Katerine Hepburn bigger than life. A voir.

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2005-01-23
Soulagement. Après le soporifique Anything Else, Melinda et Melinda a au moins le bon coté d'avoir un peu plus d'entrain et de risque. Deux histoires quasi-similaires, traitées sur le ton de la tragédie et de la comédie.

C'est tout au moins le voeu de départ, dans la pratique les choses sont moins nettes. Est-ce parce que Woody Allen mélange si souvent "tragédie" et "comédie" dans ses autres films qu'ici il peine à faire deux histoires sur des modes radicalement opposés ? Est-ce que cette opposition n'était qu'un prétexte de conteur ? Je penche plutôt là-dessus.

Donc, deux-trois choses aimées dans le Woody de l'année:
1) L'impression que les personnages 'jeunes' tombaient un rien moins dans la caricature intello-new-yorkais que d'habitude. Par opposition, chez les personnages agés, c'était pire que jamais.
2) Une ou deux vraies scènes de comédies, qui fonctionnent sur autre chose qu'une volée de répliques. Par exemple, la robe de chambre et la porte.
3) Chiwetel Ejiofor, Chloe Sevigny, et le personnage de Cassie.

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2004-12-17
Ocean's twelve, ou "Eloge de la Dispersion".

Tâche redoutable pour Soderbergh, réussir à maintenir l'élégance et la légereté du premier opus. Il s'en tire tout à fait bien en gardant le ton d'Ocean's Eleven, mais en éclatant le scénario et la forme: au lieu d'un film centré sur un gros coup, on multiplie les situations. Au lieu d'une unité de lieu et de temps, 12 rassemble des pièces disparates, s'amuse à faire apparaître et disparaître des figures majeures, tels Andy Garcia et Vincent Cassel. Même les liens au sein de la bande ne sont pas aussi marqués que dans le premier film, et filmés comme des regards en coin, des asticotages, des fractions des 11, regroupés selon les moments et les circonstances.

Alors 12 ? Un éloge de la dispersion, par un réalisateur qui sait s'affranchir de l'histoire, des épisodes attendus, et ne faire tenir un édifice fragile que par la puissance d'un style faussement cool et nonchalant.

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2004-12-12
Le film vaut (quand même) mieux que son titre kitschouille "le secret des poignards volants". J'avoue avoir trouvé moins de plaisir qu'à "Tigre et Dragon" qui était peut-être moins film de genre, mais mélangeait avec un peu de plus de bonheur bravoure plastique et récit un peu heurté. Ici, le récit ou le contexte est finalement assez accessoire, les combats complètement oniriques, les textures, les vêtements, les ambiances de couleurs prennent le pas. C'est souvent très réussi (le passage au vert vers la fin du film), parfois un peu longuet à se mettre en place (l'ouverture du film), toujours très beau, mais l'ensemble m'a laissé un peu froid.
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2004-11-27
C'est quand même un peu étrange - et symptomatique - que les meilleurs films vus ce mois-ci soient "The Incredibles" et "Aaltra".

Le pitch est excellent, une famille de super-héros condamnée à vivre une vie ordinaire. C'est peut-être les scènes d'actions qui sont un petit peu plus classiques, tout le reste est plus que savoureux: la vie de famille, le personnage hallucinant d'Edna Mode, la banlieue et l'entreprise... et de tout ça c'est sans doute Mrs Incredible la plus belle réussite du film.
Ah oui, et c'est de l'image de synthèse aussi. Mais on s'en fout. Ou presque.

Evidemment, The Incredibles est une savoureuse réinterprétation de l'ambiance des premiers James Bond, des Avengers, du Prisonnier, de leur côté base-secrète-île-perdue-meubles-design-d'époque. Mais on ne cherchera pas dans le film une citation directe d'une autre pellicule, c'est juste d'une influence complice et souriante dont il s'agit (la discrète esthétique Fifties est une des plus belles réussites du film).
Et c'est pour moi un des traits de ce qui sort de ce studio d'éviter de surcharger leurs films de parodies directes, de reprise, de clins d'oeils. Ce coté ogresque de Shrek, bouffeur de scènes cultes, déconstructeur, n'apparait presque jamais dans les Pixar. Et je ne vois pas du tout dans Incredibles, comme je l'ai lu pas loin, un film ultra-référent.
Si j'avais à faire un parallèle avec Spiderman par exemple, ce n'est surement pas dans une scène particulière (même le train dans l'introduction), mais dans la manière subtile de mêler les moments obligés d'un cinéma qui se réclame du "film d'action" et des personnages filmés à hauteur d'homme, dans leurs petits soucis prosaïques. Et on retrouve la démarche de Sam Raimi dans celle de Brad Bird ou Pixar en général: pas de second degré gratuit, filmer un film fantastique comme si c'était une histoire très ordinaire.

Alors évidemment, c'est bien plus difficile de travailler au premier degré, d'avoir une histoire qui tienne la route, des caractères solides. Des fois (Nemo ?) c'est limite, mais quand ça marche (Monsters, Incredibles), ça donne de vrais films - mémorables.

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2004-11-12
Encore un film digne d'entrer dans "les grands films malades". Etrange, on sort du film en s'interrogeant vraiment sur ce que Jeunet a voulu faire ? Un film d'amour, acidulé et tragique ? Un film dont le ton serait donné par la phrase de Japrisot ? "Mathilde est d'heureuse nature. Elle se dit que si son fil ne la ramène pas à son amant, tant pis, c'est pas grave, elle pourra toujours se pendre avec."

Ou bien un grand film historique, d'ambiance, un film capable de rendre la guerre des tranchées avec la même violence à l'instar de ce qu'à fait Spielberg pour le débarquement ?

Ou bien un Jeunet Jeunetissime, avec sépia travaillé, recréation maniaque des pavillons des Halles, d'Orsay, grands mouvements de caméras, détails Améliesques en diable (les petits paris de Mathildes, le téléphone, les machines absurdes, le gravier, ...) ?

Bref, c'est le foutoir, et le film peine à réunir ces fragments. Et c'est dommage, parce que le film n'est jamais aussi fort que dans l'enfer des tranchées et dans la reconstitution des destins des poilus. Et que dès que le film tourne autour de ces personnages et des seconds rôles qui gravitent, tout s'anime (uh, les scènes de Jodie Foster). En comparaison, le personnage de Mathidle est étrangement fade, répétitif et curieusement mise en place (par exemple l'histoire d'amour exposée à la hussarde). Un signe de l'échec honorable de l'expérience: on aimerait entendre le commentaire de Jeunet sur son film.

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2004-10-26
Un documentaire - très clairement engagé - qui démonte la propagande de la chaine FoxNews de Rupert Murdoch. La démonstration est claire est méthodique: partialité dans la sélection des faits, débats manipulés par l'animateur et par le choix des